Le professeur Youri était bien connu pour les résultats probants de ses travaux en matière de régénérescence cellulaire, et plus particulièrement celles des zones cérébrales dites mortes, atteintes de lésions jusqu'alors irréversibles. Il avait longtemps exercé en psychiatrie collective auprès de cas désespérés, des patients en phase terminale qui n'en finissaient jamais et dont les familles imploraient l'euthanasie.

Mais la découverte qui fit de lui le scientifique le plus qualifié de son temps fut lorsqu'il avait conçu –par pur hasard, une erreur de manipulation- ce qu'il nomma la Boulette de Youri, ou Youritilline ; un anti-syndrôme de Mathusalem, le moyen d'avorter la progéria dans l'oeuf, au sens littéral du terme. C'est donc lui que le Conseil du Start Center One avait choisi pour mener à bien le projet, lui confiant, avec la délicate opération Karma, l'ultime espoir de nations entières, l'enfant du nouveau monde.

Se trouvant donc intégré à l'U-241, Youri visa à parfaire sa découverte dans l'optique d'un arrêt total du vieillissement cellulaire ; il expérimenta la fusion de composants mortels et vitaux à l'échelle microscopique, une méthode inspirée de la médecine des contraires qui consiste à utiliser comme anti-poison une dose infinitésimale de ce même poison. Ses recherches donnèrent de brillants résultats, mais il n'obtenait pas ce qu'il voulait.

Ce n'est que trois ans plus tard qu'il trouva le sérum tant attendu, la solution ultime, l'élixir d'immortalité : la Youritillune+. Ce fut un malencontreux concours de circonstances qui lui révéla la formule, identique à la Youritilline, avec juste un composant en plus : un grain de sable lunaire…

 

"C'est tout ce que je sais..." dit Elizabeth.

Nous venions de passer la nuit à parler et j'entendais des bruits de pas s'approcher.

Je me suis avancé vers elle, j'ai embrassé son front et suis parti sans me retourner. Je croisai dans les couloirs deux agents de la sécurité se dirigeant vers chez elle, certainement pour la faire quitter le Centre. Aussitôt après deux autres agents se sont approchés de moi. L'un d'eux m'a tendu un bandeau. Après avoir parcouru un manège similaire à mon arrivée, on me déposa au beau milieu de l'Ile de la Cité. L'agent qui me rendit la vue lança claquant la portière : "Monsieur Spencer vous recontactera bientôt".

Je lui dois probablement d'être hors de cet endroit mais je ne sais vraiment pas comment il espère retrouver ma trace. En tout cas je tiens plus que jamais à en savoir plus, et il est grand temps que j'accepte cette idée de génie qui s'impose à moi comme une évidence, je vais voyager par l'esprit, ça va marcher j'en suis sûr...

 

 

C'était il y a moins d'une heure. J'écris ces lignes depuis un banc du jardin ensoleillée du Sénat, nous sommes lundi 19 avril, et il est près de onze heures.

 

Mes conclusions :

-         Il se passe des choses anormales dans les murs de ce projet.

-         Cet endroit confiné, caché je ne sais où, semble être mortel à plus ou moins brève échéance.

-         Celui qui le dirige est un vrai mystère, et à l'origine je pense de tout ce qui s'y passe de bizarre.

-         Je pense que c'est William lui-même qui a choisi d'éloigner sa fille du Centre.

-         Je pense qu'il s'est mis dans le pétrin en voulant nous aider.

-         Je pense donc je suis.

-         J'ai tenté de me saouler deux soirs sur sept, j'ai échoué.

-         Je suis content de leur avoir volé des BD.

-         Je me contente de peu de choses.

-         Personne n'a répondu à mon appel dans l'ailleurs. C'est dommage car je vais abandonner l'idée de ce journal. J'ai vraiment trop de choses à faire pour me consacrer à des trucs du genre.

-         Salut à toi qui lis ces lignes. Prends garde à ton salut.

 

 

Il referma son cahier, y attacha le stylo et renvoya le tout ailleurs. La scène eut pour témoin un quidam qui faisait son footing quotidien et manqua de trébucher. Legend intercepta le walkman qui allait chuter, le coureur s'arrêta net et remercia Legend d'un regard méfiant.

"Vous êtes illusionniste ?"

"Bien vu…" Legend ferma les yeux, imagina une île du Pacifique et s'allongea sur le sable fin, sans se demander pourquoi le soleil indiquait approximativement la même heure qu'en France. Le coureur assista dubitatif à une disparition spontanée comme s'il fut effacé du décor. "Il est grand temps pour moi de découvrir le monde…"



25/10/2008
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