TRIPS IN TIME

 

 

"C'est pas du superflu et vous le savez. Je ne comprends pas comment je fais, soit, mais ça marche. La seule chose, c'est que je ne sais jamais où je vais me retrouver." Youri était assis sur le rebord de la fenêtre de son bureau, manipulant soigneusement un morceau de papier aluminium comme à chaque fois qu'il réfléchissait. John croisa les bras. "On pourrait tenter l'expérience, ça n'engage à rien d'essayer. C'est un réel problème."

"Non."

"Non ? Pourquoi ?" Youri baissa les yeux sur l'oiseau argenté qu'il était en train de fabriquer. "Pourquoi ?" insista John. Youri ne répondit pas. "Qu'est-ce qui vous en empêche, vous êtes le meilleur, vous réussissez tout ce que vous entreprenez, on vous accordera les fonds nécessaires pour ça, vous avez une équipe de choc qui vous soutient…"

"J'étais si près du but… Kometh allait bien, j'avais gagné. C'était l'euphorie à l'U-241, tout le monde était content, moi le premier."

"Qui est Kometh ?"

Youri sourit tristement. "Mon étoile, ma précieuse, tellement parfaite, la seule à avoir brillamment traversé toutes les épreuves destinées aux cobayes humains depuis le début. Elle a remporté haut la main la médaille du mérite. Kometh est un chimpanzé femelle. Elle aussi est une mutante, au même titre que les spacelanders. A une différence près ; Kometh est immortelle. Elle ne vieillira plus. Une perspective qui fait rêver, et en même temps si monstrueuse. Elle pourrait bouleverser à jamais la condition humaine, tu te rends compte de ce que ça veut dire ? A la bonne heure, pensai-je alors… Sacré miroir aux alouettes. Aucun mutant n'a survécu. Une horreur."

"Pourtant je suis là…" dit John doucement.

"Heureusement, tous n'avaient pas ingéré la liqueur d'immortalité. Lorsque j'ai analysé mes recherches, grâce à Kometh, j'ai découvert que je m'étais trompé dans mes estimations, la solution miracle avait été faussée, et je n'arrivais plus à retrouver la formule initiale. J'ai malheureusement compris le drame trop tard. Plus effrayant encore que les spacelanders ratés, les mutants ont pris cent ans d'âge en un temps record, passant en un clin d'oeil par les étapes horribles à voir de flétrissement de la peau, décomposition de la chair, effritement des os."

"Et la poussière retourne à la poussière."

"Et le phoénix renait de ses cendres." Un homme était apparu dans la pièce. "Youri prend toujours les choses trop à coeur. Il lui a fallu près d'un mois pour s'en remettre… Il ne s'en ai jamais totalement remis." dit-il en se repliant dans l'ombre. Youri ne répondis pas.

"Hélas…" finit-il par dire. "On peut effectivement voir les choses de ce point de vue là. Et c'est précisément cette poussière pré-mortem qui fut à la base de mes travaux par la suite… Ce qui pourrait faire penser aux procédés de zombification de l'Afrique noire profonde, les crânes humains étant l'un des principaux composants du rituel vaudou. Encore de nos jours couramment pratiqués d'ailleurs, à l'insu de l'opinion publique bien sûr. Mais je n'irai pas jusque là, j'agis encore en âme et consc…"

"Maudit sois-tu, tu as vendu ton âme au diable !"

"John, qu'est-ce qui te prend…"

"Arrière ! Vade retro satanas !"

"John…"

"Ne me touche pas !!" John recula en titubant, la tête entre les mains, Jackson poussa un hurlement aphone et disparut, John s'écroula… mort.

La précipitation tragique de la scène laissa Youri prostré un bref instant, puis il se rua à l'U-241, fouilla les étagères d'éprouvettes et de fioles, renversa au passage un prisme qui roula jusqu'au bord du meuble, saisit un flacon, une seringue, et courut au chevet de John. Premiers soins, massages cardiaques, il savait que ça ne servirait à rien, que chaque instant était précieux, et tenta le tout pour le tout ; il piqua le flacon, remplit la seringue au trois-quart, et lui injecta une overdose de Youritilline au niveau du plexus.

 

Le prisme en équilibre chuta, frôla la table de cultures biologiques, et se brisa en touchant le sol carrelé, libérant au sein d'un éclat de cristaux un nuage de poussières mâtes, des grains de sable lunaire…


John ouvrit les yeux quinze jours de coma plus tard. Youri regardait le ciel artificiel par la fenêtre de la chambre, les mains dans les poches. Il sentit le poids d'un regard dans son dos, modula mentalement l'hologramme en une vue sous-marine, et se retourna face à John. Il sourit. "Ah la bonne heure, te voilà enfin." John le fixait d'un regard perdu. Youri s'approcha et s'assit sur le rebord du lit. "Ca va ?" John ne répondit pas. "Peux-tu me donner ton nom ?"

"John…"

"Bien." Tout en parlant, Youri relevait les signes vitaux cristallisés sur la plaquette frontale de John et s'assurait que tout était normal. "Tu reviens de loin… D'ici quelques jours, tu te sentiras mieux, sois tranquille. Allez, repose-toi. C'est tout ce dont tu as besoin. Je vais aller chercher Jackson, tu veux que je te ramène quelque chose ?"

John semblait être ailleurs. Il sourcilla.

"Qui êtes-vous ?..."



 



25/10/2008
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