"Ce mec regarde trop la télé. Il m'a raconté un truc invraisemblable, tu as déjà vu Les Aventuriers de l'Arche Perdue, ou Indiana Jones et la Dernière Croisade, je sais plus, la dernière scène du film ? Tout pareil, hallucinant, sauf que là c'était pas les méchants qui pourrissaient, mais les gentils. Quoique, qui sait de quels côté ils sont, quand bien même auraient-ils une conscience. Le bien, le mal, tout ça, c'est peut-être un truc qui leur échappe. Va savoir ce qu'ils ont dans la tête ces drôles d'oiseaux."

"Là c'est toi qui délire. La SF d'hier est la réalité d'aujourd'hui, tout le monde sait ça. Pas la peine d'aller au ciné ni de lire les journaux, ya qu'à regarder autour de soi. Personne n'est plus comme avant. Master of the high-tech nous perdra, c'est écrit noir sur blanc dans nos gènes. Le cerveau en bouillie, on achètera de la dope en conserves et des neurones surgelées au Super-U du coin, on crèvera tous, on est déjà tous crevés, c'est comme ça et on n'y peut rien. Allez viens, je t'offre un verre au Six-Pieds-Sous-Terre."

"Un billet non-retour mon ange..."

Un coup de feu claque, un corps qui tombe, un battement d'aile, quelqu'un disparait dans la nuit…




"Je n'ai jamais compris ce qui s'était passé ce soir là. Un jour à marquer d'une pierre noire. Mes soins purent le ramener à la vie, mais dans un état précaire d'instabilité tel que tous nos travaux furent réduis à néant. J'avais sciemment forcé la dose et piqué au plexus, c'était le seul moyen. Son coeur s'est alors mis à battre, son cerveau à fonctionner, mais son organisme avait rejeté en bloc toutes les informations que nous y avions opéré, toute trace de Karma avait disparu. Il avait retrouvé la mémoire et perdu tout le reste. Il était un humain normal, celui qu'il était avant tout ça, le musicien de quartier du faubourg St Germain qui vit au jour le jour l'âme en peine, le rêveur invétéré Jonathan Jim Jones.  J'étais furieux, hors de moi, désemparé. J'ai tout essayé pour ranimer le spacelander qu'il était et en même temps le sauver de lui-même, mais son état allait de mal en pis. En désespoir de cause, j'ai tenté un choc émotionnel qui manqua de lui être fatal. Je n'ai pas eu d'autre choix que de le rendre à sa vie d'homme, en plein coeur de Paris, avec dans la tête un chainon manquant, le Start Center One, sans oublier de jouer les mécènes. Je lui devais bien ça…"

"Youri, Youri, l'éternel pères des anges, tu es trop humain. Tu ne devrais pas t'impliquer de la sorte. Contente-toi de faire ton boulot et de ne penser qu'à ça. L'opération Karma de toute façon est cruelle, un bain d'hémoglobine, il faut en passer par là et tu le sais, tu le savais depuis le début. L'épée d'Amoclès a frappé, c'est la loi de la jungle. L'élite n'est pas encore né."

"L'opération Karma est l'Athanor, le St Graal, l'apothéose de l'humanité, pas la roulette russe. Le hasard n'y est pour rien. C'est moi le grand manitou, ces gens sont sous ma responsabilité !"

"Alors assume !"

Youri frappa du poing sur  la table. "C'est ce que je fais !"

"Un jour tu comprendras." Quartz sortit en claquant doucement la porte.




Les mutants, nombreux, en effet, amnésiques, en réalité lobotomisés, avaient dû subir des implants cérébraux leur créant un passé fictif et une mémoire affective, leur donnant une nouvelle identité. Les choses auraient pu être simples si leur lobo-amnésie avait été générale pour tous, mais pour certains elle s'avérait n'être que partielle, à des degrés variables selon les cas. L'un d'eux avait dû être mis en quarantaine tant il frisait la démence hystérique, un cas relativement extrême car pour les autres, personne ne savait comment ils vivaient ce chaos dans leur tête. Les fragments mnésiques confrontés aux données artificielles provoquaient des court-circuits cérébraux qui se manifestaient par des comportements imprévisibles et des plus étranges. Ces mutants là représentaient une menace potentielle redoutable pour le Start Center One que les chercheurs ne maîtrisaient pas. Le peu de COM qui étaient au parfum redoutaient les réactions de l'opinion publique, qu'ils concevaient à juste titre comme étant tout aussi catastrophique que les risques encourus par l'humanité si la menace s'étendait à l'échelle planétaire. Les spacelanders n'avaient aucune limite. Personne ne pouvait les entraver. Les représentants des forces gouvernementales du projet Karma s'étaient réunis au Conseil Général du Start Center One pour une concertation internationale, en vue de mettre en place un stratagème avant qu'il soit trop tard. Cette situation d'extrême urgence était des plus critiques. La tension montait. Ils enclenchèrent le code rouge.




"Nous avons créé l'être parfait."

"Et vous vouliez dominer la perfection, vous rêvez."

"Ne jouez pas sur les mots, professeur, vous savez très bien de quoi je parle."




Quartz était un astrophysicien qui travaillait pour la NASA, un représentant des forces gouvernementales en présence au Start Center One, un pilier essentiel du Conseil International Astronautique, le premier à avoir concrètement soutenu l'hypothèse d'un univers spacio-temporel parallèle au nôtre. Sa théorie de la relativité interplanétaire avait été rejetée et les autorités ne lui accordaient aucun crédit.

Il avait donc dû financer lui-même la quasi totalité de l'opération, nécessitant près de onze années de travail acharné pour aboutir à la technologie de pointe qui allait servir à la construction du premier prototype d'investigation intergalactique du genre, l'engin le plus puissant au monde, le Quartz, une machine à voyager dans le temps et l'espace en simultané.

Il s'était longuement penché sur les travaux de Youri et avait suivi de près l'évolution du projet Karma. L'U-241 avait été son pôle d'attraction dominant et son moteur d'action durant ces années où il avait conçu la Gamastase, son atelier personnel, y mettant en application son théorème qui par la suite donna naissance au Quartz. Une vraie perle rare ; cette machine allait révolutionner l'astronautique, transcendant les obstacles majeurs en matière de recherches aérospatiales. L'exploration intergalactique serait illimitée, dans l'espace comme dans le temps…




"Il respire encore ! Vite passez-moi le GT15-913 !

"Ethan tu m'entends ? Ethan…"





25/10/2008
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