Legend ouvre un oeil, visualise le pont de Tolbiac sous les éclairages nocturnes et se retrouve baigné dans la fraîcheur parisienne. Il passe une main dans ses cheveux cherchant son souffle et prend une grande inspiration après ce qui lui semble un siècle d'apnée. Des rêves et des cauchemars en tête, il se lève et marche guidé par la volonté de ses pas. L'endroit lui est familier. Il s'enfonce dans la nuit à la rencontre de ceux qui le cherchent, et reconnait la chinoise. Elle cesse de crier et se débattre dès qu'elle détecte sa présence. Quelqu'un la tient en respect, un couteau sous la gorge. Son complice sort une batte de base-ball d'un sac de sport. Le leader s'avance sourire en coin en ajustant ses poings américains.

"Vous ne semblez pas avoir des occupations très variées.", dit Legend en jetant un regard en direction de la jeune femme. "Ils ne vous ont pas fait de mal ? Non ? Ce sont des gens bien élevés. Ne bougez pas j'arrive…"

 

Il entend une voix prononcer un début de phrase "Quand on veut jouer les héros…" mais à ce moment il s'est déjà déplacé d'une dizaine de mètres. L'homme qui menaçait la chinoise de son couteau s'écroule, frappé par un atemi. Son complice est contraint de lâcher son arme dans un hurlement de douleur, l'épaule démise. Tout s'est passé si vite que le meneur ne s'est pas encore retourné. Cependant ils ne sont plus trois, sept autres malfrats ayant coupé la retraite. Le piège était bien préparé et vient de se refermer, ô combien fragile.

 

Le métal brille dans la nuit.

 

Ses yeux sont mis-clos. L'univers s'est assombri. Il se restreint à ses seuls ennemis qui approchent, de concert, peu rassurés, s'épiant les uns les autres à la recherche du moindre geste de défaillance, de l'appel à la retraite, mais personne n'en prend la décision. Ils attaquent. Une barre à mine est esquivée, une seconde bloquée, déviée et retournée vers son détenteur comme un effet boomerang, brisant dans la continuité du mouvement, un poignet et un coude. D'un coup sec Legend arrache alors l'arme des mains blessées de son assaillant, décrit un moulinet, frappe une nuque et recule de deux pas. Plus que six. Une chaine fouette l'air dans un sifflement lugubre et vient s'enrouler autour de la barre. Son crâne était la cible. Il attire l'arme à lui, déséquilibrant son agresseur surpris par la parade, et la lance, l'utilisant comme un bélier, en plein estomac. L'homme souffle un cri rauque sous le choc et s'écroule.

 

Les auteurs de la scène se déplacent au ralenti en une danse macabre tels des charognards. Legend sourit en pensant à des débutants pratiquant du Taï Chi Chuan. Leurs mouvements sont désordonnés, malhabiles et violents, malgré la lenteur de leurs gestes. Un couteau tente de l'atteindre au visage. Il se baisse, accompagne la main armée et propulse son poing vers les côtes. Des os craquent. L'homme hurlera de douleur et sera hors combat. Une autre lame réfléchit l'éclairage d'un lampadaire. Legend se redresse, paume tendue vers le ciel, heurte un menton et achève son attaque par un coup de coude dans le ventre.

Tour d'horizon, plus que deux.

Il fixe l'un des mannequins immobiles quelques mètres en retrait, bondit les pieds en avant, écrase un nez et envoie son adversaire voler dans le décor.

Seul le meneur est encore debout. Legend se tourne vers lui, et salue respectueusement l'arme à feu pointée dans sa direction. La balle a déjà traversé la zone dans laquelle il se trouvait juste auparavant. Il est à cet instant dans le dos de son adversaire, lève les bras au ciel.

"Je vous préfère avec des poings américains", lui murmure t-il à l'oreille. Ce faisant il abat ses poings sur les clavicules de sa victime. Un claquement sec accompagne le mouvement. L'homme s'évanouit.

 

L'affrontement a prit fin, personne ne s'est encore relevé. Nul fou n'ose s'avancer dans l'arène et défier l'homme en noir. Dans la nuit les sirènes de police mugissant se rapprochent.

Legend défait sa cape, la secoue et la dépose sur les épaules de la chinoise, puis la saisit par la taille et l'emporte avec lui loin du théâtre de ce combat.

 

Une voiture s'arrête, un homme en sort et vient à leur rencontre. Il salue le couple et présente sa carte d'inspecteur de police.

"C'est à vous qu'on doit le strike sur les loosers là-bas ?"

"Si je vous réponds non, vous me croirez ?"

"Vous plaisantez ! Veuillez me suivre s'il vous plait."

 

A contrecoeur il confie la jeune femme à un représentant de la loi, qui ne tardera pas à la libérer, et monte dans la voiture en direction du commissariat.

 

Ils constatèrent immédiatement le défaut de pièce d'identité, s'impatientèrent un peu lorsqu'il s'avéra incapable de décliner son identité, s'énervèrent sérieusement à l'annonce de l'absence de domicile fixe, et lancèrent un avis de recherche sur lui, diffusant sa photographie et ses empreintes digitales à tous les commissariats de France, puis à Interpol. Mais Legend demeura introuvable, personne lui donna son nom. Il sourit lorsqu'on le conduisit dans une cellule de garde à vue.

Au milieu de la nuit il se tourna sur un matelas confortable et se rendormit dans des bras doux et parfumés au son d'un soupir heureux. "Je savais que tu viendrais..."




25/10/2008
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