Un grincement de porte, des pas feutrés, le battement d'un coeur étranger parvint à ses oreilles. Il ouvrit brusquement les yeux et scruta la pièce. Il faisait encore nuit noire. Quelqu'un se tenait au pied du lit, immobile, silencieux, un intrus qui accommodait peu à peu sa vue à l'obscurité. Cette silhouette lui était familière. Durant une longue minute ils se fixèrent, sans bouger, à l'affût du moindre geste perceptible. Etait-ce un hasard si leurs regards se croisaient ? Pourquoi cet homme venait-il à cette heure troubler leur intimité ?

"Enchanté de votre visite, Will…"

"Je sais, désolé, mais j'ai de graves nouvelles à vous annoncer."

"Que se passe t-il ?"

"Je me suis replongé dans votre dossier, il y a quelque chose qui cloche. Votre dernier jour au Centre, lorsque quelqu'un vous a poignardé. Le Start Center One est sous haute surveillance, il y a des caméras partout, pilotées par l'ordinateur central, rien ne lui échappe. Lorsqu'une anomalie est détectée, un message d'alerte est aussitôt transmit au central, avec un niveau d'urgence attribué par le système lui-même. La simple présence de quelqu'un assis dans le couloir aurait dû être interprété comme une anomalie et j'aurai dû en être informé, ce qui n'a pas été le cas."

"Vous devriez vous asseoir, Will, tel que vous êtes parti vous risquez de vous fatiguer. Et puis ce serait peut-être une bonne idée de mettre un zeste de lumière."

"Merci. De la même façon, personne ne peut rester plus de quinze secondes devant une porte fermée sans que l'ordinateur s'intéresse à lui."

"Votre logiciel est un véritable dictateur. "

"La preuve que non. J'ai donc décidé de réinstaller une ancienne version de ce programme sur ma propre machine, et je lui est demandé de traiter les séquences d'images qui encerclent votre agression."

"Des témoins ?"

"Rassurez-vous, j'ai récupéré tous les films relatifs à cette journée, personne ne vous a vu disparaître… je devrai dire téléporter, mais là n'est pas la question."

"Faut-il que je sois bête !"

"Je continue ?"

"Bien sûr ! Dès que votre satanée machine a détecté ma pomme étalée par terre, toutes les sirènes de Paris se sont mises à mugir."

"Je n'ai jamais dit que le Centre est situé à Paris ainsi que vous semblez toujours vouloir le prétendre."

"Bien sûr. Vous me prenez donc pour un crétin ?"

"Je voudrais bien poursuivre."

"Faites, faites."

"Votre présence a donc bien été relevée. Vous avez été considéré blessé vingt secondes sur les quarante avant l'arrivée d'Elizabeth. Les objets qu'elle a fait tomber ont été identifiés, répertoriés et recréés dans nos labos. Son état émotionnel a été enregistré, l'évolution de son aura décryptée, et je pourrai même vous donner son rythme cardiaque et cérébral. Même chose en ce qui vous concerne. Quant au type pris en flagrant délit d'attentat à la bombe et de meurtre, aucune info, pas même l'ombre d'un sabotage, comme si ses actes avaient été normaux."

"Votre machin est défaillant, quelqu'un l'a trafiqué."

"Impossible. L'algorithme de sécurité est parfait. Mais ce n'est pas là le point marquant de ce phénomène, cela dit ça m'a mis la puce à l'oreille, et je me suis attardé sur les plans du Start Center One. Et j'ai découvert que toute une partie du Centre a totalement disparu entre l'ancienne et la nouvelle version. J'ai consulté les plans les plus anciens et je me suis effectivement heurté à des murs qui n'existaient pas à l'époque. En fait, toute l'aile ouest semble avoir disparu. Mais je pense avoir trouvé l'accès à cet endroit secret. Le problème est que je ne possède pas votre talent de passe-muraille."

"Je vois. Vous voulez m'infiltrer tel un fantôme dans cette zone interdite."

"Je n'ai hélas pas que cette faveur à vous demander. Elizabeth a disparu. Je… je pense qu'elle a été enlevée, pour me porter atteinte. Depuis hier je suis suivi, et j'ai un mal fou à me défaire de ces chacals. Je ne peux plus compter sur mes hommes, j'ai même dû en abattre deux. Je crois que la folie s'est emparée du projet tout entier…"

"Will…"

"Tenez, je vous confie ces photos récentes, et voici les plans du Start Center One d'il y a deux ans, et ça c'est l'adresse de ma fille…"

"Will calmez-vous… c'est d'accord, j'accepte". William s'était levé et se dirigeait vers la porte, il se retourna.

"Merci Ethan, du fond du coeur…"

"Ethan ?"

"Oui… Ethan Colour. C'est votre nom. Bonne nuit, et soyez prudent."

 

William fit un salut de la tête, éteignit la lumière et quitta la pièce aussi discrètement qu'il y était entré. Les chuchotements n'avaient pas rompu le charme du sommeil, et la respiration régulière d'une dormeuse résonnait dans le silence nocturne revenu. Il était temps de la rejoindre…

 

… Ethan… Je m'appelle Ethan Colour…

 

Un baiser tendre au goût de miel, une peau lisse et parfumée, quelques objets qui s'entrechoquent doucement. Il eut envie de l'attirer à lui pour la serrer fort dans ses bras, à cet instant un plateau et deux tasses de thé fumantes lui rendirent ses esprits. Ce sourire ne lui échappa pas, peut-être avait-elle deviné ses pensées. A contrecoeur il s'assit. Il lui souffla un "bonjour Li" au creux de l'oreille qui se traduisit par un doux frisson et un sourire de belle enfant. Ils parlèrent de William et de sa visite inopinée.

Il la regarda d'un air étonné. "Alors comme ça tu sais qui il est…"

"Je sais aussi que son laboratoire existe vraiment, et ce que tu représentes pour les gens qui y travaillent."

"Comment peux-tu savoir ça ?"

"Il est venu me parler à mon réveil à l'hôpital."

Il chercha à accrocher son regard et le fixa intensément, plissant les yeux.

"Que t'a-t-il dit au juste ?"

"Qu'il ne fallait pas que je m'inquiète, que même un fauve peut-être apprivoisé si on y met le temps et le coeur nécessaire."

"C'est tout ?"

"Il m'a aussi parlé des épreuves. Je sais que tu n'es pas comme tout le monde." Il ne trouva rien à répondre, et avala une gorgée de thé, les yeux rivés sur le fond de sa tasse. « Tu as prévu quelque chose aujourd'hui ? »

« Aller chez Elizabeth. »

« Je t'accompagne. » Ethan soupira.

« Tu vas m'attendre ici, ce sera mieux… »

« Tu sais, simplement te connaître a suffit à me mettre en danger, mais je sais aussi qu'en ta présence les démons ne peuvent m'atteindre. »

« Li, je ne suis pas un dieu… »

« Je t'aime… C'est tout ce qui compte à mes yeux. »

 

Il la fixa intensément. Ses yeux bridés reflétaient une vie de bonheur, un sourire éternel illuminait son visage. Elle ne bougea pas. Il l'embrassa sobrement sur les lèvres, persuadé qu'elle attendait plus.

« Je vais t'offrir un monde. »

Ce n'était pas la réponse qu'elle attendait. Il la prit par la main et l'entraîna sous la douche.






13/12/2008
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