Un temps infini s'est écoulé. Sa création contient maintenant suffisamment de matière pour vivre ses premiers instants de furie incandescente. Il ferme les yeux, concentre ses pensées sur cette planète et l'imagine ceinte d'une atmosphère d'azote et d'oxygène, il la voit bleue de sa couverture de mers et d'océans, il la conçoit au milieu de sa première révolution. « Shilin » sera son nom.

La température est brusquement montée, atteignant les limites du supportable, des millions de degrés décidés à venir à bout d'un rêve. La boule de feu s'est allumée naturellement, entraînant une violente bourrasque, danger mortel pour une planète venue au monde trop tôt. Alors durant une éternité Shilin disparaît, plongée dans un souvenir du futur, elle est un corps de femme, enlacée dans le creux de ses bras, apaisant cette chaleur écrasante qui l'a encerclée, puis lorsque la tempête s'est enfin calmée, il restitue sa création, pleurant de joie en une multitude de pluies.

Une autre image naît dans son esprit, un autre terrain de jeu tout bleu sur lequel il a laissé son cœur, ses idées se voilent, comme cette chaleur qui le fait atrocement souffrir et s'apprête à lui arracher un hurlement inaudible.

 

 

Les pêcheurs d'un chalutier norvégien ont déclaré avoir vu une sorte d'étoile filante traverser le ciel en un sifflement strident, puis tomber à l'eau dans un bruit assourdissant, comme une déflagration, soulevant un geyser d'eau d'une centaine de mètres. Arrivés sur les lieux approximatifs de la chute de l'objet, ils ont trouvé un corps inanimé, mais aucune trace d'épave, rien qui puisse laisser à penser qu'il y ait une corrélation entre la chose qui s'est abîmée en Mer du Nord et l'homme en question. Le secret le plus absolu est pour l'instant tenu sur cette étrange affaire. L'un des pêcheurs aurait confié à un journaliste qu'il avait toutes les apparences d'un humain et que dans ses délires il parlait une langue que personne à bord n'avait pu identifier.

 

 

Une main lui caresse le front, un visage est penché sur lui. Il est resté entre deux mondes une éternité, errant dans le brouillard de son esprit. Durant sa léthargie il a reçu un message de détresse de celle qu'il aime et qui s'est faite enlever à son tour. Il se souvient avoir tenté d'agir mais s'être enfoncé plus loin dans un sommeil sans rêve à l'issu de sa tentative de téléportation. Il fait jour, une jeune femme vêtue de blanc lui sourit et lui parle.

« Vous m'entendez ? »

« je crois que oui. Où sommes-nous… à part à l'hôpital ? »

« Oslo, Norvège. »

« La raison de votre accent… Depuis combien de temps ?... »

« Un chalutier vous a repêché il y a quatre jours en pleine mer. Comment vous sentez-vous ? »

« Pouvez-vous vous retourner un instant le temps que je m'habille ? »

« Vos vêtements ne sont pas ici, et... »

« Cela n'a pas d'importance, de toute façon je suis déjà habillé. »

 

Il lui plaqua la main sur la bouche pour étouffer son cri de surprise, puis il l'ôta doucement en lui faisant signe de se taire.

« Comment avez-vous fait ? D'où vient cette combinaison ? »

« Peu importe… »

« Mais, vous ne pouvez pas partir comme ça ! La police veut vous interroger… »

« C'est inutile. Comment vous appelez-vous ? »

« Sarah, mais… »

« Sarah, je vous remercie pour le temps que vous avez passé à mon chevet, mais il faut vraiment que je parte. Tenez, je vous l'offre. »

 

Il tendit une rose noire aux liserés argentés. A ce moment la porte de la chambre s'ouvrit, un homme en blouse blanche accompagné d'un homme en uniforme entrèrent. L'image d'une chambre meublée se dessina l'espace d'un instant, puis céda immédiatement à une terre nue. Il entendit des voix s'estomper et découvrit un paysage qu'il lui sembla reconnaître, bien que la configuration des lieux fut maintenant totalement différente. Il était au sommet d'une falaise, dominant un océan que personne n'avait encore baptisé. A l'horizon la tempête faisait rage, un ciel chargé de nuages noirs venait à sa rencontre.

« Et oui ! Tu dois maintenant finir ce que tu as commencé ! »

 

Il fit volte-face et reconnut immédiatement le fantôme décharné qui lui était apparu à maintes reprises. Derrière lui se détachait une barrière montagneuse à peine blanchie des premières neiges.

« C'est vous qui m'avez amené ici ? »

« Oui. Et je ne te laisserai repartir que lorsque tu auras achevé ton œuvre. »

« Mais j'ai à faire sur Terre. »

« Tu sais bien que le temps n'a aucune espèce d'importance. Alors cesse de parlementer et mets-toi à l'ouvrage. Cela ne présente aucune difficulté, tu n'as qu'à t'inspirer de la Terre, pour le reste, fais confiance à la nature pour établir un équilibre stable. »

« A une condition : je veux savoir qui vous êtes. »

« Marché conclu. »





09/01/2009
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