ECHEC…

 

Combien de temps s'était écoulé ? Il faisait encore nuit noire. Lore avait retrouvé ses esprits adossé à cet arbre, immobilisé. Tout son corps était engourdi, et il somnolait par intermittence plus qu'il ne dormait. Ses liens étaient trop solides pour qu'il puisse s'en défaire. Maintes fois il avait essayé, ses poignets endoloris étaient ensanglantés, et il était trop affaibli pour faire usage de sa magie. Régulièrement un homme-des-bois venait s'assurer qu'il ne tentait pas de s'échapper et resserrait ses liens un peu plus à chaque fois. Ils avaient attaqué à trente, ils n'étaient plus que huit. Ils n'affichaient aucune fierté et n'avaient pas même célébré leur victoire. Leur seul souci était à présent de garder leur prisonnier.

 

Seyur émergea au milieu de la nuit sur les lieux d'un carnage. Un cadavre à côté de lui avait les mains crispées sur l'arme qui s'était enfoncée dans son thorax jusqu'à la garde. Seyur lui arracha l'épée et la remit à son fourreau, puis chercha Lore du regard. Aucune trace du prince, hormis les brigands dont il s'était défait, morts ou agonisants. Pas le moindre indice révélant la direction prise par les rescapés et selon toute vraisemblance leur otage. Il repartit en direction du palais pour y annoncer l'échec de sa mission.

 

Derrière Lore une brindille craqua, si peu audible que le bruit fut emporté par le crépitement du feu de camp. Lore entendit ramper, puis une voix étouffée :

« J'ai trouvé ça… »

 

 

… ET MAT

 

Un reflet métallique scintillait dans l'herbe à la lueur des flammes.

 

Lore se massa les poignets pour rétablir la circulation du sang et ramassa lentement son arme en regardant autour de lui. Zeffir brandit son épée courte et arbora un sourire de fierté, puis il porta ses doigts à sa bouche et siffla comme un oiseau de nuit, signal d'attaque. Des arbres et buissons alentours surgit une farandole de petits hommes qui d'un pas leste et rapide envahirent le campement et en un éclair aphone égorgèrent dormeurs et gardes. Puis tout aussitôt la troupe s'égaya dans la nature tel un souffle de vent silencieux.

Leur chef se tenait debout face au feu. Sa silhouette au premier plan se découpait sur le décor de flammes. Il s'inclina à la manière d'un gentleman puis sans mot dire s'en fut lui aussi.

« Epatant », souffla Lore ébahit. Il se tourna vers Zeffir et sourcilla. « Ainsi donc tu m'as suivi jusqu'ici ?»

« Ouaih. Et j'ai même vu la fin de la bagarre, et quand ils vous ont emmené j'ai couru chercher mes copains. »

« Tes fameux amis… Qui sont-ils ? »

« Mes amis. »

« Oui mais qui sont-ils ? » insista Lore intrigué. Il scrutait les environs mais ne décela âme qui vive. Zeffir haussa les épaules. « Hum », poursuivit Lore, « Eh bien tu leur diras que j'aimerai les saluer en personne. »

« Pas la peine, ils entendent tout et savent tout ce qui se passe à la ronde. » Alors même que Zeffir traçait d'un geste ample un cercle autour de lui, des chants s'élevèrent du fin fond des bois sombres dans un dialecte inconnu de Lore. Il lui sembla pourtant en comprendre le sens ; ils narraient leur combat contre les brigands, et sa libération. La suite le dérouta. Les voix devinrent tristes et annonçaient la chute prochaine du royaume.

« Quittons sans plus tarder ce lieu maudit. Je vais te ramener chez toi y prendre une monture. Je dois retrouver Seyur et me rendre au palais immédiatement. »

« Je pourrai le visiter ? »

« Un jour. Promis. »

 

 

INTERMEDE

 

Les multiples foyers éclairaient le camp comme autant de lucioles. Alentour l'orée des bois se paraît des jeux d'ombres mouvants, marionnettes fantômes, fantômes de marionnettes. Grognements, rugissements, cris de rage et de fureur, les rires sournois et gras couvraient les crépitements incessants du bois humide qui crissait sous l'emprise des flammes comme une sorcière sur le bûcher. Les pas des guerriers qui montaient la garde arrachaient des craquements de souffrance aux herbes folles et brindilles qui jonchaient le sol. Les effluves de sueur et de crasse empoisonnaient l'atmosphère lourde de cette nuit d'été. Le calme faisait suite aux premières échauffourées, il ferait virer au rouge sang  la rage des futurs combats.

 

Un riff de guitare arracha des perles de rêve au sommeil de la nuit. Des regards inquisiteurs et inquiets lancèrent leur question incongrue. Les visages se ternirent de rides apeurées. Un roulement de batterie mima la fureur du tonnerre et mit fin aux soupirs. A cet instant des mondes parallèles se mélangèrent, musiciens, magiciens, côtoyaient des espace-temps jumeaux en parfaite harmonie.

 

Le ciel se déchirait en lambeaux de nuit. Peu à peu le jour pointait. Les foyers brûlaient encore de cendres rougeoyantes d'où s'élevaient des volutes de fumée âcre. L'agitation semblait gagner le camp, au rythme des bâillements et hurlements mécontents de ceux qui ne supportaient guère le réveil à coups de botte. Les cliquetis des armes et armures métalliques envahirent subrepticement l'atmosphère. Les derniers préparatifs furent rondement menés. La haine de l'ennemi rejaillit bientôt de sa sourde présence. Lentement la troupe se remit en marche en direction du champ de bataille, à la conquête de ce royaume tant convoité.

 

 



12/02/2008
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