DON'T BE LATE

 

 

 

FREEZE FRAME

 

… from another town

I just want to be free

I'm happy to be lonely

Can't you stay away

Just leave me alone with my thoughts

Just a runaway, just a runaway

I'm saving myself

 

« Vous écoutez radio-pirate et il est six heures trente, Loulou-de-mer avec vous sur les ondes jusqu'à neuf heures. Ne soyez pas en retard mes agneaux, je vous réserve un morceau de choix. Attachez vos pantoufles en verre et courez aux water, je vous retrouve tout de suite après le flash-info de sibi-horaire. »

Une voix métallique prend l'antenne et annonce :

« Un riche misanthrope s'éteint à l'hôpital Saint-Pierre des suites d'une longue maladie. Gare du Nord, un taxi quitte précipitamment la file d'attente. Le chauffeur s'apprête à s'en éjecter lorsque la voiture explose. Champs-Elysées, un serveur est viré du Regent Hotel pour avoir agressé un client. Il est abattu sur place de sang froid. La Défense, un PDG raccroche son téléphone et se jette du haut d'une tour. »

« Ah les foudres de la pleine lune, on ne sait jamais sur qui ça tombe. Six heures trente trois sur radio-pirate et le soleil va bientôt se lever, réveil en douceur comme tous les matins, toujours joyeux, jamais grincheux, Loulou est là pour les siècles des siècles, et on enchaîne avec une perle rare qui nous vient tout droit du cœur de Brooklyn, chers auditeurs, à vos cassettes, voici U2 en direct-live… »

 

Quelque part au fond des bois, des lueurs semblables à des lucioles se mirent à scintiller par milliers dans l'ombre de la nuit comme autant d'étoiles, étrange constellation, dessinant les contours d'une machine gigantesque en forme de disque bombé, qui se mit à ronronner, s'éleva lentement, et fusa dans le ciel à la vitesse éclair de la lumière. Seul régnait le chant des grillons au cœur de la forêt dont l'ombre se découpait à la lueur d'une nuit de pleine lune. Une chape de brume glissa dans le ciel comme une écharpe de soie flottant au vent. Je marchais à travers bois sur un chemin de terre sinueux, suivant des yeux le ruban fantomatique, et vis au détour d'une colline la silhouette audacieuse d'un château enveloppé de brume, où tournoyaient des oiseaux tels de sinistre vautours. L'un d'eux se détacha du vol et fonça droit vers moi, pas un rapace, une chauve-souris, je l'esquivais de justesse et me retournai, le temps de l'apercevoir disparaître dans les broussailles, à l'endroit précis où je sentis une présence terrifiante. Un grognement, un froissement de feuilles, un loup bondit, je vis ses yeux luisant dans le noir s'approcher férocement des miens jusqu'à l'impact, foudroyant… et me retrouvais au-delà dans une cage d'escalier, des murs en pierre de part et d'autre, des chandeliers, et face à moi une porte en bois massif avec au centre un anneau de métal. Quelqu'un parlait de l'autre côté, une voix dont je ne comprenais pas les mots. Je gravis les marches jusqu'à la porte, et à mesure que j'avançais, j'entendais de la musique résonner, de plus en plus distinctement, je saisis l'anneau, tout devint flou…

 

J'ouvris les yeux sur la constellation d'Orion imprimée en 3D sur le plafond de ma chambre.

A moitié endormi je jetai un œil au radio-réveil, enfilai mes chaussons et allai prendre une douche en baillant.

 

Un écran parcouru d'interférences s'illumina peu à peu dans mon esprit : la Terre, l'Europe, la France, le plan se précise…

 

Paris, ville de lumières, berceau des arts, terre des poètes où tout peut arriver. Les gens s'affairent et fourmillent par milliers tels des fantômes ambulants, ombres parmi les ombres qui se croisent, indifférents à tout ce qui les entoure. Pourquoi je pense à tout cela, la question ne m'intéresse déjà plus. Toutes ces images qui défilent dans ma tête, mon cerveau a dû muter en kaléidoscope.

Hier soir la répétition fut désastreuse, aucun nouveau morceau, tous massacrés durant ce qui devait être un best-of. Juste quelques embryons de plages musicales… la haine quoi. Et dire que j'ai manqué le concert que j'attendais depuis si longtemps, c'est pire que tout. Je crois que jamais je ne m'en remettrais. En plus je crains de ne pas avoir assez d'argent pour boucler le mois. Tant pis, je vais m'avaler un bol de croquettes et avec un peu de chance je me sentirai assez triste pour écrire une belle chanson d'amour… Bof, je serais prêt à parier que ce sera un gros navet. Une journée de plus de gâchée. Seigneur, je prie pour que tu daignes accorder un peu d'aide à ce pauvre imbécile que je suis !

 

 

 



12/02/2008
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