Ils entrèrent dans un immeuble, empruntèrent un escalier en bois fraîchement ciré et montèrent au troisième étage. Aurore ouvrit la porte et s'effaça pour laisser passer Legend.
« Voilà mon chez moi. Je vous en prie entrez. »
« Merci. »
L'appartement devait dater de la fin du dix huitième début dix neuvième siècle. Les plafonds étaient à plus de trois mètres du sol, de grandes rosaces dessinées au centre de chaque pièce : deux chambres, une cuisine et un salon, toutes carrées et à première vue de dimension identiques. Le salon et la cuisine avaient dû être séparés par un mur à une certaine époque, depuis en partie abattu, formant une grande arche. Le mobilier était un mélange de style ancien et moderne.
« Vous avez faim ? », dit Aurore en ouvrant un placard de la cuisine au-dessus de l'évier. « Je n'ai pas eu le temps de déjeuner ce matin. Si cela vous tente, sinon le bar est là. »
« Je veux bien un bol de chocolat. »
« Très bien. En attendant vous pouvez prendre une douche, je vous ai sorti une serviette. »
« Merci. »

« Vous vous êtes noyé ? »
Legend sursauta en entendant la voix d'Aurore.
« Non non, je me suis juste assoupi dans le bain. »
« Le petit-déjeuner est servi. »

Les dernières brumes d'un rêve de course-poursuite sur le quai d'un port maritime venaient de s'évanouir. Il venait de revivre la même scène pour la troisième fois, mais une fois de plus les événements s'étaient déroulés différemment. Troisième version de la scène pour un même dénouement tragique. Il chassa les images qui lui traversaient encore l'esprit, laissa de côté son déguisement noir et s'habilla à la manière du numéro 6. Aurore fit une remarque sur sa tenue vestimentaire moins voyante que la précédente mais ne s'aperçut pas du plagiat. La chaîne stéréo distillait une musique trop sirupeuse à son goût, peut-être la radio.
« Vous vous sentez mieux ? », demanda Aurore.
« Euh… oui. »
« Asseyez-vous je vous en prie, je vous ai servi un chocolat, et là vous avez des tartines et de la gelée de groseilles. Mais si vous préférez du miel… »
« C'est parfait merci. » sourit Legend.
« Je vais m'absenter un moment après le petit-déjeuner récupérer ma voiture. Je peux vous confier l'appartement ? »
« Bien sûr. C'est arrangé avec la fourrière ? »
« Oui, je les ai appelé pendant que vous barbotiez dans l'eau. Vous n'avez pas de voiture ? »
« Je ne crois pas. »
« Comment ça ? »
« Je crois que j'en ai eu une, mais j'ai eu un accident. »
Aurore s'assit à la petite table de la cuisine en face de Legend.
« Grave ? »
« Je ne sais pas. »
« Thomas m'avait prévenue que vous étiez bizarre… C'est… à cause du projet Karma ?... Vous vous en souvenez ? »
« Non. »
Elle prit sa tasse de café entre ses deux mains comme pour les réchauffer. Legend avait englouti la moitié de son chocolat chaud et rassemblait consciencieusement quelques miettes de pain.
« Et avant tout ça ? »
« Non. »
La voix d'Aurore avait pris un ton confidentiel et passionné.
« Comment avez-vous fait pour vous échapper ? Personne ne se souvient de vous là-bas. Pourtant je suis sûre que vous y étiez. »
« C'est ce que Tom m'a dit. »
Aurore soupira tristement. « A quand remontent vos souvenirs les plus anciens ? »
« Je ne sais pas. Trois semaines, peut-être plus… Je ne sais pas. »
« J'ai loué cet appartement sur les conseils de Thomas pour échapper à nos espions. Je crois qu'ils n'ont pas encore retrouvé ma trace mais ce n'est qu'une question de temps. Il vous faudra trouver un refuge plus sûr… »
« Je sais », coupa Legend. « Rassurez-vous ils ne savent pas que nous sommes là. »
« Vous semblez bien sûr de vous. »
« Je sentirai leur présence autrement, croyez-moi. »
Aurore s'appuya sur le dossier de sa chaise et hocha la tête.
« Hum. Je peux vous poser une question ?… » Elle s'avança croiser les mains sur la table et chercha le regard de Legend. « Que pensez-vous de mes yeux ? »
Legend regardait sa mini pyramide de miettes d'un air satisfait.
« Ils sont beaux… »
« Et ? »
Il leva la tête et plongea son regard noir dans les yeux azur d'Aurore.
« Magnifiques… »
Aurore sourit détournant son regard. Ce n'était pas la réponse qu'elle attendait. Elle se leva et enfila sa veste.
« Bon, je vais chercher ma voiture. Si vous souhaitez vous resservir n'hésitez pas. A tout à l'heure. »
« Soyez prudente. »



21/08/2008
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