Jack se crispa sur son siège et lâcha une bordée de jurons, puis tout se déroula trop vite pour son pauvre cerveau. Il semblait qu'ils allaient percuter un arbre et l'instant suivant ils roulaient sur un chemin qui venait d'apparaître comme par enchantement, instantanément tracé par une main invisible. Abasourdi, il ne savait plus s'il devait se pincer pour se réveiller ou prier pour ce qui resterait de sa colonne vertébrale. Alors il ferma les yeux et serra les dents jusqu'à ce que les soubresauts qui agitaient la voiture s'arrêtent enfin. La portière s'ouvrit, Sony sauta de l'habitacle, Jack, le teint blafard, se laissa tomber au sol. Rien ne pouvait être plus efficace pour le réveiller qu'un choc douloureux, pourtant l'adrénaline ne lui fut d'aucun secours. Il resta allongé en respirant profondément. Sony le regardait d'un air dubitatif en se grattant la tête.

« Arrêtez de faire le pitre et relevez-vous. Ce n'était qu'une illusion, de la magie si vous préférez. Et vous allez devoir vous y habituer. »

 

Lore fit disparaître la Jaguar dans le garage et entra dans la maison, talonné par Sony. Jack émergea quelques minutes plus tard. Son visage avait repris des couleurs. Il accepta volontiers le verre de whisky que lui tendait son hôte, le but d'un trait et cracha le feu qui lui brûlait la gorge.

« Ca vous dérangerait de me prévenir ! »

« Ca ne servirait à rien. »

« Ah bon. Et comment avez-vous fait avec la demoiselle ? »

« Hum ! Je commence à regretter de vous avoir amené ici. »

« Je vois. Je peux partir si vous y tenez vraiment… »

« Non. Vous en savez déjà trop. Vous resterez ici jusqu'à ce que l'affaire soit réglée. »

« Dois-je comprendre que je suis votre prisonnier ? »

« Traduisez cela comme vous voulez, vous êtes libre de nous aider ou de n'en rien faire. Quoi qu'il en soit c'est vous qui avez choisi de venir ici. »

« Quelle ambiance. Sony aussi est votre prisonnière ? »

« Non, je suis en résidence surveillée », intervint-elle.

« Bon, Sony, puisque tu sembles pouvoir lier conversation avec Jack, veux-tu avoir la bonté de lui expliquer que je suis attendu ailleurs. Merci. »

 

 

PROMENONS-NOUS DANS LES BOIS…

 

Jack observa la voiture disparaître entre les rangées d'arbres. Son accès de mauvaise humeur ne l'avait pas quitté. Il attendit quelques minutes et sortit, traversa le jardin et s'arrêta à l'orée de la forêt. Le chemin emprunté par la Jaguar ne l'inspirait guère. Il soupira et s'engagea dans les bois sans se soucier de la présence de Sony qui le suivait de près. Il estima la distance à parcourir avant d'atteindre la route à environ trois kilomètres.

La densité végétale aléatoire rendait la progression irrégulière mais possible. Jack se retourna plusieurs fois pour constater que la fillette semblait pouvoir garder facilement le contact visuel. Il continua laborieusement sa marche. Au bout d'une heure, dans une zone dégagée, il avisa un arbre aux branches basses et y grimpa. A travers les feuillages il chercha le ruban de bitume qui ne devait plus être très loin. Au lieu de cela il aperçut Sony, accroupie, les yeux rivés au sol, attentive ; son attitude indiquait qu'elle avait trouvé des traces de quelque passage récent. Il attendit qu'elle reprît son chemin pour descendre de son perchoir et commença à la suivre. Elle se retourna plusieurs fois, visiblement inquiète. Sa démarche avait changé, plus souple, quasi féline, le corps ramassé sur lui-même pour mieux se détendre. Jack la perdit soudain de vue au détour d'une motte de terre. Il inspecta les environs immédiats mais la cachette de Sony demeurait introuvable. Il l'appela ; pas de réponse. Finalement il décida de continuer sa progression seul.

Une heure s'écoula encore mais rien n'annonçait la lisière de la forêt. Il s'assit un moment sur une souche d'arbre pour fumer une cigarette. Tout était étrangement silencieux, pas un chant d'oiseau, pas le moindre animal, pas même le bruit d'un moteur dans le lointain. Il écrasa son mégot et leva les yeux au ciel en quête d'un signe éventuel et le découvrit. Il se redressa d'un bond et fit le tour de l'arbre qu'il venait de remarquer, celui-là même qui lui avait servi de poste de guet. Il cria sa haine et frappa l'écorce de ses poings. Des bruits de pas se rapprochaient. Il ravala sa colère. Sony surgit des buissons et esquissa un geste d'impuissance. Ils rebroussèrent chemin, ramassant du petit bois pour allumer un feu.

 

 



23/04/2008
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