Une bataille était engagée au bout du couloir. Il s’y dirigea, tourna à l’angle et se retrouva dans le dos d’une quinzaine de soldats armés de canons à rayons. Face à eux Pwick venait d’emprisonner un homme dans la cage de ses pattes arachnoïdes. Les rais projetés des armes ricochaient à son contact sans l’affecter. Il replia les pattes qui grinçaient horriblement sur le sol métallique, et se laissa choir sur celui qu’il tenait à sa merci, étouffant son cri, puis se redressa un instant plus tard émettant un « tzzz… ». Le soldat avait disparu. Murmures d’étonnements, puis l’un des hommes se retourna, un chef d’après ses épaulettes, et tomba nez à nez avec Lore. D’un geste vif il pointa son arme sur le magicien, qui bloqua son mouvement. Le ronronnement de l’armure s’intensifia, Lore sentit une douleur fulgurante au poignet lorsque le chef le lui saisit. A l’arrière plan Pwick venait d’attraper deux soldats qui hurlaient pour qu’on les sorte de leur cage vivante. Un second groupe d’intervention apparut à l’autre bout du couloir, les renforts accourraient martelant le sol de leurs pas lourd. Lore marmonna des mots étranges. Son épée se matérialisa dans sa main libre, il la planta sur la trachée artère de son agresseur et commença à appuyer. Celui-ci lâcha prise aussitôt et tenta de se dégager. La lame pénétra l’armure à la base du cou, le chef s’écroula. Lore retira son arme et dans un même temps lui fit décrire un moulinet puis l’abattit sur un soldat qui faisait volte-face. Pwick émit un son rauque, une sorte de rôt ; il venait d’absorber ses deux proies. Des ordres retentirent de toutes parts, les renforts étaient proches à présent.

« Pwick, qu’est-ce que vous faites là ? » Les tirs cessèrent, les soldats interloqués se tournèrent vers celui qui venait de parler.

« J’ai compris comment vous faisiez quand vous m’avez renvoyé dans ma dimension tzzz… C’est très intéressant ici, je découvre beaucoup de choses grâce à eux tzzz… Mais il me semble connaître cet endroit tzzz tzzz… »

« Vous avez tort, c’est très dangereux », coupa Lore. Un supérieur ordonna la mise à mort des deux créatures. Pwick se recroquevilla sur ses pattes puis se détendit brusquement. « Tzzz ! » Il ouvrit une brèche dans les rangs adverses et se laissa choir sur celui qui venait de parler. Tout se déroula à une vitesse effrayante, quasi instantanément. Le chef n’était plus là. Ses hommes se détournèrent, écœurés par la scène. Une détonation retentit au milieu du groupe. Pwick poussa un cri strident, renversa un soldat, en écrasa un autre et glissa jusqu’à Lore. De son corps sombre coulaient des filets grisâtres aux reflets métalliques. Une autre grenade roula sous lui et explosa. Cette fois un casque tomba, puis une combinaison, vide. Pwick cria à nouveau, saisit quelqu’un qui commençait à courir et l’utilisa pour colmater la brèche qu’il avait dans le corps. Le soldat fut secoué de spasmes et disparut. Aussitôt le torrent métallisé cessa, la blessure se referma sur elle-même et disparut.

Une voix intima à Lore de ne pas bouger, une arme était braquée dans son dos. Lore avait fait disparaître son épée. De part et d’autre des hommes prirent position munis de canons à rayons et de grenades. Obéissant à leur supérieur ils balancèrent toute la gomme mise à leur disposition et firent feu vers Pwick et leurs congénères, sans distinction. Lore assista à la scène de loin, au pied de l’arche multicolore qui venait de le transporter à l’autre bout du couloir. En réponse à l’attaque il déclencha une averse de glace sur le nuage de fumée et de flammes, puis se détourna lorsque Pwick poussa son dernier râle avant de s’effondrer.

« Halte ou je tire ! » Encore cinq mètres et il pourrait tourner à gauche… « Dernière sommation ! » Lore s’enveloppa dans un champ de force et fit volte-face. Un soldat le tenait en joue. « Plus un geste, vous êtes notre prisonnier ! » Les rangs s’étaient considérablement clairsemés, restaient une dizaine de soldats valides sur la cinquantaine qui étaient intervenus. Au bout du couloir Lore aperçut Pwick baigner dans une mare grisâtre au milieu d’un carnage humain rouge sang, et fut pris d’un haut-le-cœur. « Ashma ! » Une rafale anéantit le champ de force. Lore construisit aussitôt un bouclier qu’il enfila à son bras gauche, son épée se matérialisa à nouveau dans sa main droite, irradiant une pulsation bleue. Il dévia une autre rafale, puis une autre, marchant furieux en direction des rescapés. Des balles ricochèrent à nouveau sur son bouclier, de même que les rayons émanant d’armes qu’il n’avait encore jamais vues. Un supérieur ordonna à son unité de charger et joignit l’acte à la parole. Il fut le premier sur Lore, qui lui trancha la gorge dans un moulinet, l’homme sans tête continua sa course encore quelques mètres et s’écroula. Les autres s’arrêtèrent net et commencèrent à se replier. Lore donna deux coups d’épée à hauteur de ceinture qui mirent en panne deux exosquelettes.

« Bon, et maintenant qu’est-ce que vous savez faire sans vos carapaces ! Hein ? », dit-il en défiant les soldats qu’il venait de toucher, et lut sur leur plaque d’identification épinglée sur leur combinaison : sergent H. Gordon, et le sans-grade A. Marc. « Sergent Gordon, vous êtes le plus gradé de ceux que je vois là, vous allez peut-être pouvoir répondre à ma question. Pourquoi vos copains restent-ils planqués derrière vous, ont-ils peur de la mort que vous côtoyez de si près ? » Le magicien avançait toujours, provocateur, insolent, repoussant les soldats à l’aide de son bouclier. Quelqu’un fit feu. Lore dévia le rayon du plat de la lame en direction de Gordon. La combinaison crépita, le sergent cria comme le rayon lui traversait l’épaule, il perdit connaissance. « Vous croyez pouvoir m’atteindre avec ça ? » Lore fit un pas vers celui qui venait de tirer, fit tournoyer son épée et trancha la main qui tenait l’arme. Le soldat poussa un hurlement et s’écroula. « Je sais que vos renforts ne vont pas tarder à arriver. Alors je vous donne dix secondes pour me dire ce que vous fabriquez dans cet asile ! Passé ce délai je vous massacre. »

 

Un magicien fou était adossé à un mur de métal, l’épée brandie d’une main, le bouclier dans l’autre, face à des guerriers du XXIIIe siècle un iota psychopathes, armés pour détruire tout ce qui leur était donné de pouvoir concevoir… Seul contre tous.

Un soldat s’avança, le caporal O. Collin. « Nous testons des armes comme celle-ci. » Il mit Lore en joue et tira, le rayon rebondit sur le mur et frappa le soldat au cou comme un effet boomerang. Sa tête oscilla, il s’écroula.

« Psst ! », souffla Lore qui s’était transporté derrière eux. La dernière chose que vit le premier qui se retourna fut la lame de l’épée plonger droit devant. Les soldats se ruèrent, le magicien se dégagea, enchaîna moulinets et frappes, jusqu’à ce que la lame ne rencontre plus de résistance.

 

Seul le sans-grade A. Marc était encore debout, adossé au mur, le souffle court, il se tenait le ventre. Sa combinaison métallisée brillait du rouge sang qui la tachait. Ses compatriotes gisaient inertes, peut-être morts peut-être pas, répartis autour de lui en un funeste charnier. A. Marc renifla. Lore lui arracha son casque. Des cheveux longs tombèrent sur les épaules du soldat. Alors seulement Lore remarqua le dessin de la poitrine sous la combinaison. Elle leva les yeux vers lui. Ils n’imploraient aucune pitié. Elle le toisait, cachant à grand peine la douleur au ventre qui tentait de lui déformer le visage.

« Qu’est-ce qu’une jolie femme comme vous fait dans un endroit aussi sordide ? »

« Allez vous faire foutre, Spacelander de mes deux ! Vous ne perdez rien pour attendre, vous allez crever comme tous ceux de votre espèce ! » Elle reprit son souffle, baissa la tête pour cacher une grimace et se laissa glisser le long du mur. Des bruits de pas résonnaient dans le couloir, des gens accouraient. Elle releva la tête et sombra dans le coma en sentant une pression à la base du cou. Lore écarta la main du soldat. Le ventre était ouvert. Il songea un instant à la louve mourante et appliqua sa main sur la blessure. Quelqu’un lui intima l’ordre de se relever, de lâcher son arme et de croiser les mains derrière la nuque. Une rivière d’étincelles bleutées coula le long de son bras. Le sang rougissait ses mains.

Une voix parla contre son oreille. « Maintenant tu vas arrêter de faire le malin… » La voix s’étrangla, la gorge venait de céder sous le tranchant d’une main ensanglantée. Une seringue roula au sol. Un battement de paupières plus tard Lore n’était plus dans le couloir.

 



11/06/2008
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