Parcouru de parasites, l'écran crépitait comme un poste de radio quand on y cherche une station, puis le son revint clairement, suivit d'une image nette à l'écran affichant le même décor, le Professeur Youri à son bureau, casque sur les oreilles, mains croisées, avec toujours cet air à la fois calme et soucieux, empreint de passion et de lassitude.
« … globale. Les fonds étaient en baisse et nous n'avions plus beaucoup de temps. Je travaillais nuit et jour en quête de la solution d'immortalité, et mon équipe m'assistait avec ferveur, toujours aussi consciencieuse. Trois longues années de recherches furent nécessaires à mener le projet à bien ; j'avais enfin trouvé la formule magique. L'U-241 était aux anges. Au début. Car nous sommes tombés de haut lorsque nous avons réalisé ce que nous avions fait, aveuglés que nous étions par notre objectif de COM. Nous pensions que si les mutants ne se montraient pas coopératifs, chose improbable à l'époque mais qui s'est avérée par la suite être le cas, nous pourrions toujours appliquer la solution extrême, le Code Rouge. Mais nous avions créé l'être parfait. Il nous était littéralement impossible de porter atteinte aux Spacelanders, de quelque manière que ce soit, même la désintégration restait vaine ; les mutants dématérialisés se reconstituaient systématiquement. Les autorités gouvernementales et les dirigeants de toutes les unités du Start Center One s'étaient à nouveau réunis au Conseil et longuement concertés pour trouver une solution de choc à un problème des plus critiques. L'Opération Karma se révélait bien plus délicate qu'ils l'avaient escompté. Contrairement à ce que nous redoutions, les Spacelanders ne semblaient pas représenter de menace. Hors-mis leur potentiel hors-pair, les mutants avaient ceci en commun qu'ils étaient foncièrement pacifistes. Aucune animosité, pas la moindre agressivité. Une chance pour nous. Seulement ça n'allait pas dans le sens du projet ; les Spacelanders devaient au départ être des super-combattants. Mais leur immortalité  leur avait conféré une toute autre attitude ; elle avait annihilé en eux l'instinct de survie qui est à la base de toute combativité, qu'elle soit de nature physique ou psychique. Ils n'avaient pas besoin de ça. Nous avions bien tenté de stimuler leurs instincts primaires comme nous l'avions eu fait pour l'armée américaine au temps de la guerre du Vietnam. Sans résultat. Cette fois il s'agissait de mutants. Nous n'avions aucune emprise sur eux, aucun moyen de pouvoir les contrôler, l'Opération Karma semblait vouée à l'échec et le Code Rouge était un fiasco total, nous ne pouvions pas les détruire. Nous en étions donc arrivés à la conclusion suivante : leur créer des liens affectifs avec les humains, pour qu'ils se sentent impliqués dans leur univers et concernés par leur survivance. L'avenir de l'humanité en dépendait. Bientôt les machines prendraient le pouvoir et ce serait la fin de tout. Le pire était à prévoir. L'expansion de la haute technologie allait être telle que plus rien d'humain n'allait subsister. L'intelligence artificielle allait devenir autonome et contrôlerait tout, même nos cerveaux. Les rôles allaient s'inverser. Pour les plus chanceux, des unités de rébellion allaient se créer où nous allions vivre comme des rats, terrorisés dans nos bunkers. La nourriture et l'eau allaient manquer, et même entre nous ce serait la guerre. Un vrai cauchemar. Si les Spacelanders ne ralliaient pas notre cause, c'en était fini du genre humain. Quartz en était conscient, il… »
L'écran se mit en veille.



18/07/2008
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