Le hangar fait approximativement cinquante mètres de large sur deux cent mètres de long. Hauteur estimée : treize mètres. L'entrée est fermée par une lourde porte montée sur rails qui grince inévitablement dès qu'il commence à la pousser. Il semble évident qu'elle n'est pas faite pour être ouverte manuellement. Le grincement est tel que les chances de passer incognito sont réduites à néant. Le décor intérieur est étonnant. De longs tubes d'acier cylindriques d'un diamètre avoisinant le mètre traversent la pièce dans la quasi-totalité de sa longueur, reposant sur des supports de béton régulièrement espacés tous les cinq mètres. Ces canalisations fermées à l'extrêmité apparente sont incurvées, de sorte qu'elles reposent de ce côté à cinquante centimètres du sol, pous s'élever de l'autre jusqu'à deux mètres. Là-bas, elles prennent naissance sur un grand réservoir rectangulaire d'environ quatre mètres de hauteur. Au fond, à l'aplomb du bassin, des bureaux sont installés sur une plateforme desservie par deux escaliers. De part et d'autre, une échelle métallique dessert deux passerelles qui courent le long des murs, reliées entre elles à trois endroits différents par des passerelles de communication montées sur rails. Chacune d'elles est équipée d'un palan au bout duquel se balance une chaine terminée par un crochet. La vision lui rappelle une tragique embuscade sur un quai désert, le souvenir d'un échec dont il se sait en partie responsable. Ce jour-là son ignorance a été mortelle. Aujourd'hui le jeu est le même et les règles n'ont pas changé… Un bourdonnement interrompt ses pensées. Il détecte deux présences humaines dans ce bâtiment, dont une qui se rapproche rapidement, un engin glissant en altitude qui le contourne et s'arrête dans son dos. Celui qu'il est venu chercher se trouve au fond.

« Satisfait de mon décor ? »

« Trop récent à mon goût et inutile. Je serai d'ailleurs fort surpris que tout cet attirail ait déjà servi. »

« Je l'ai fait aménager spécialement pour toi. Moi je trouve ce caveau magnifique ! »

« Effectivement il doit pouvoir flatter ta mégalomanie. Quand commence t-on ? »

« C'est déjà commencé… »

 

La phrase s'achève sur un autre plan. Un bond de quelques mètres, un vif volte-face et il frappe de toutes ses forces. La lame fouette l'air et atteint les yeux de Jackson. Satisfait du hurlement de douleur, Ethan se téléporte à l'entrée d'un des bureaux, arrachant la porte de ses gonds et la projetant au loin. La cicatrisation n'a pris que quelques secondes. Jackson a déjà recouvré la vue et se lance immédiatement à sa poursuite. Les cent cinquante mètres qui les séparent sont parcourus en un clin d'œil. Un pan de la pièce est entièrement soufflée dans un hurlement de tôle froissée. Ethan tressaillit, une main s'abat sur son épaule, l'agrippe au col et le propulse à travers le hangar en un long vol plané arrêté par un mur. S'ensuit une courte glissade ponctuée par un atterrissage brutal qui l'abasourdit. Lorsqu'il reprend ses esprits, Ethan est accueilli par un sifflement assourdissant et continu qui lui meurtrit les tympans. Se protégeant au mieux il aperçoit, derrière un rideau de larmes, Jackson coiffé d'un casque intégral, flottant à dix mètres du sol. Incapable de se concentrer, Ethan se réfugie sous la première section tubulaire, glissant sur le sol, se faufilant maladroitement en direction de la plate-forme d'où il vient d'être éjecté. Un bruit de métal tordu lui fait oublier un instant ces horribles sifflements. Un tuyaux vient d'être broyé. L'espace d'un instant il lui semble distinguer une forme mouvante au-dessus de lui. En une roulade il vient se blottir contre un bloc de béton. La canalisation qui le surplombe est arrachée de ses supports et violemment secouée, et commence à onduler dans un sinistre grincement. Les points de soudures cèdent, la brisant en plusieurs tronçons écrasants qui finissent par se stabiliser dans un équilibre précaire, mortel jeu de mikado.

Conscient du danger Ethan se redresse, et enjambe l'un des tronçons encore intact, échappant de peu à l'attaque. Il s'accorde encore quelques instants de répit, lorsqu'un hululement l'avertit de l'imminence d'un autre danger. Il lève aussitôt les yeux et se propulse en avant, espérant pouvoir éviter le cylindre métallique qui vole vers lui. L'environnement sonore brouille ses sens. Il fait un pas de côté, s'apprête à plonger. Sa vision se trouble, le sang afflue à son visage et martèle ses tempes. A cette intense bouffée de chaleur succède un froid glacial. Ethan est pris de vertiges, ses jambes flageolent, il s'écroule. Son bras droit vient d'être réduit en miette, son katana a été projeté loin de lui, sa souffrance est atroce, Jackson éclate de rire. Il s'approche en glissant dans les airs tel l'ombre de la mort.

La blessure est sérieuse, il lui faudra quelques minutes pour se résorber. Ethan recule pour se caler le dos, sentir la fraîcheur du béton lui parcourir le corps et anesthésier en partie la douleur. Il sait qu'il ne dispose que de quelques secondes pour réagir, oublier son bras meurtri et changer de refuge, mais ce sifflement est si horrible qu'il brouille ses sens de mal en pis.

Une main lui caresse le front et l'embrasse, une voix lui souffle de fuir. Encore trois secondes avant le choc. Il ouvre les yeux et réagit dans un rêve offert par son amour. Lui étreignant la taille il fait un bond prodigieux qui les emporte à trente mètres de là. A cet instant leur abri disparaît sous un amoncellement de ferraille. Le vacarme assourdissant de la destruction engloutit le trouble sonore suraïgu, suffisamment pour qu'il puisse concentrer ses pensées vers un vengeur noir qui devra une fois encore le sauver. La douleur est cuisante, dans son corps, son esprit, l'impression que tout son être se disloque, il perçoit un geste furtif, rassurant. Quelques instants plus tard le silence retombe brutalement comme une délivrance.

« Mais qu'est-ce qui se passe ? Comment est-ce possible ? »

« Je crois que j'ai compris comment fait mon mari. »

« Mari ?.. »

« Tais-toi Jackson ! Tu n'es pas celui qui pourra les séparer. »

 

Jackson fait volte-face, propulsant dans un superbe lancer de javelot, un fragment de passerelle en direction du Ninja. Surpris de cette réaction, ce dernier n'a que le temps de se jeter de côté pour éviter l'impact.

« Toi le Ninja, il va t'arriver des bricoles ! »

« Je ne crois pas, Jack. »

« Toi le joli cœur, je vais finir ce que j'ai commencé ! »

 

Joignant les actes à la paroles, Jackson se projette aussitôt vers eux, et s'écrase lourdement au sol au moment même où il s'apprêtait à frapper. Bouillonnant de rage, il retire le saï qui est venu se planter dans son système de propulsion et le brandit menaçant vers la Chinoise. De son autre main, armée du katana dont il vient de s'emparer, il réalise un moulinet et heurte le sol à l'endroit précis où se tenait le couple un instant plus tôt. Surpris, Jackson se redresse, et accueille une volée de shurikens qui l'atteignent aux bras et au front, le blessant autant qu'un bouquet de fleurs. Il bât en retraite jusqu'à la porte et s'empare d'un boîtier de télécommande.

« Qu'à cela ne tienne, vous l'aurez cherché ! »

 

Une série d'explosions en chaine ébranle tout le bâtiment, se produisant en une multitude de points, faisant voler en éclat toute la structure, ensevelissant tout sous les décombres.

 

Elle est dans ses bras et se serre contre lui, désireuse de ne plus le lâcher. Quelques minutes se sont écoulées, ils sont à cent mètres de là. Durant tout ce temps ils étaient ailleurs, sur Shilin, dans leur futur havre de paix.

« Tu crois qu'il est mort ? »

« Je ne pense pas… »

 

Au milieu des gravats une forme semble bouger, un corps émerge et se redresse, le visage fendu d'un large sourire triomphant, qui meurt à l'instant où il aperçoit son ennemi.

 

« … il en faut plus que ça pour l'abattre. »

 

Jackson pousse un cri de rage et se rue vers eux, bras tendus comme des machoîres. « Je vais vous écraser de mes mains ! »

 

La chose eut put être vraie mais un voile gris se forme autour de lui, l'enveloppant dans un hologramme de béton qui prend bientôt toute sa consistance, bien réel et mortel, le coulant vivant dans sa chair de sable. Un poing rageur tente dérisoirement de briser le bloc, provoquant quelques minces fissures, une voix s'étrangle, la main s'immobilise, et finit par tomber du bloc suintant de sang.

 

William et ses hommes ont assisté au final à distance respectable. Ils ne tardent pas à arriver et à boucler tout le périmètre.

 

« Alors Will, vous êtes nommé directeur du Centre ? »

« Non. J'ai donné le poste à Aurore, et placé un collège de chercheurs sous sa responsabilité… Il y a aussi une place pour vous. »

« Vous voulez créer une race de colons de l'espace non ? »

« Euh oui… »

« Alors vous avez sous vos yeux les deux premiers spécimens. »

« Vous êtes fou… »

« Peut-être Will peut-être… On vous enverra des cartes postales… »

« Eh où allez vous comme ça ?.. »

 

 

Sayonara.





(A suivre...)




20/02/2009
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