TOUCHDOWN

 

« Bonsoir, je peux m'asseoir ? » Thomas sursaute en reconnaissant la voix d'Aurore mais sa vision se brouille, lui rendant le visage de la réalité ; la chanteuse attitrée des lieux s'offre de lui tenir compagnie, ce qu'il accepte volontiers. Elle est ravissante dans son costume à paillettes, ce qu'il n'hésite pas à lui faire savoir, lui reprochant malgré tout la noirceur de ses cheveux. Elle accueille la remarque avec un sourire avant d'appeler un serveur.

 

Thomas passa une soirée inoubliable, du moins le souhaita t-il avant de sombrer dans un sommeil réparateur. Une fois encore le téléphone sonna le réveil alors qu'il n'était que neuf heures du matin. L'enquêteur prit à peine le temps de reconnaître la voix d'Aurore et lui raccrocha au nez. Il se jeta sous la douche, la chanteuse vint l'y rejoindre. Plus tard dans la matinée Thomas se rendit à son agence.

Il y entra en lisant le journal du matin et ne le quitta des yeux que lorsqu'il fut assis. C'est à ce moment qu'il s'aperçut de la présence d'Aurore. Il abattit violemment son poing sur la table, se reprocha d'avoir oublié ses lentilles de contact qui devaient le préserver du pouvoir de ses yeux, et se sentit plonger dans ce regard terriblement envoûtant. Ce fut elle qui tourna la tête pour le libérer de ce piège diabolique, ce dont il la remercia mentalement. Ses esprits retrouvés, il se précipita à la fenêtre pour constater que l'homme chargé de veiller sur elle attendait patiemment dans sa voiture.

« Sortez d'ici ! Non seulement vous m'emmerdez avec votre histoire à dormir debout mais en plus vous n'êtes même pas capable de larguer votre boy-scout ! Vous avez exactement trois secondes. Passé ce délai je vous balance par la fenêtre. »

« Je vous en prie, j'ai besoin de votre aide. » Les larmes lui étaient montées aux yeux. Thomas ravala sa colère. Il retourna s'asseoir, donnant au passage un coup de pied dans une boule de papier qui alla rouler sous la bibliothèque.

« Soit, je ne vous balancerai pas par la fenêtre. Je sais être courtois avec les femmes qui pleurent. Mais il n'est pas question que je me laisse attendrir par quelqu'un qui depuis le début passe son temps à se moquer de moi. Merde alors ! » Il fit une pause, se prépara un café, qu'il but tranquillement, à nouveau plongé dans la lecture de son journal. « Qu'est-ce que vous me voulez ? Ou bien vous ne m'avez pas menti et dans ce cas je me lance dans une affaire des plus insensées, ou bien vous êtes malade et la seule aide que je puisse vous apporter est de vous conduire à l'hôpital, vous et votre petit copain. »

« Malade, oui je suis malade, demandez donc à une souris de laboratoire comment elle se sent et vous obtiendrez une idée de ce que je suis ! Oui je suis malade que le seul être au monde qui m'aimait disparaisse comme par enchantement et sûrement pas accidentellement comme l'a prétendu mon ange gardien comme vous dites ! » Elle éclata en sanglots. Thomas leva les yeux au ciel et ne put s'empêcher d'aller la réconforter. Il maudit sa faiblesse et attendit qu'elle se calme.

« C'est vous la superwoman, pas moi. En plus je ne suis qu'un détective de pacotille, je ne fais ça que pour le fun. »

« Je vous ai interviewé, je sais que vous pouvez m'aider. »

« Alors ça c'est la meilleure ! Le soir où vous m'avez ensorcelé, que s'est-il passé ? »

« Je viens de vous le dire, je vous ai fait sortir ce que vous aviez dans la tête. »

« Vous savez que je pourrais vous faire interner pour atteinte à la vie privée. »

« Désolée, mais c'était nécessaire… »

« Autrement dit vous ne me laissez pas le choix. »

« Désolée… »

« Hum… Bon, que cherchez-vous au juste ? »

« L'homme qui s'est enfui. »

« Je croyais que vous vouliez savoir comment votre ami était mort ! »

« Je voudrais surtout retrouver mon compagnon de laboratoire. »

« Vous le connaissez au moins ? »

« Non... Je ne sais pas. Peut-être l'ai-je croisé quelques fois mais je n'en suis pas sûre. En fait nous étions plus de deux cobayes… »

« Voilà une affaire qui s'engage fort bien. Vous n'auriez pas une idée qui puisse me remonter le moral ? »

« Sherlock Holmes. »

« Quoi Sherlock Holmes ? »

« Nous pourrions éplucher les rubriques faits divers des journaux. »

« C'est ça, j'ai besoin d'apprendre à lire. »

« Etes-vous déjà allé à Venise ? »

« Non, pourquoi ? »

« Vous devriez aller y faire un tour voir le théâtre. Il est écrasant, impressionnant. Le voir pour la première fois c'est savoir que nous ne sommes rien que de simples mortels ô combien insignifiants, grains de poussière dans ce monde de rocs… »

« Quel rapport avec notre homme ? »

« Aucun. Je pense que la solution est dans le cœur de chacun. Soyons ce que nous sommes et non point plus présomptueux et les solutions à nos problèmes se présenteront d'elles-mêmes. »

« J'ai vraiment l'impression que vous vous foutez de ma gueule… ou alors vous êtes complètement… euh… »

« Folle ? Merci de me le rappeler, c'est tout ce dont j'ai besoin… Pensez-en ce que vous voulez mais je sais qu'il n'est pas loin. Une impression étrange qui m'envahit par moments… S'il vous plait… »

Thomas haussa les épaules discrètement, l'air amusé.

« Bof, de toute façon je m'emmerde en ce moment. »

Elle soupira. « Merci. »

L'enquêteur accepta les mille euros qu'elle lui donna en acompte et la congédia délicatement.



28/06/2008
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